Se transporter - Batelée
Semi porcelaine, glaçure
Grande jarre H.20 L.15 P.15 pouces
Batelée s’inscrit dans la collection Se transporter, une recherche en sculpture céramique qui interroge les dynamiques de déplacement, de résilience et de relation au territoire. À l’instar des autres œuvres de la série, elle s’appuie sur l’observation des objets transportés par les personnes en situation d’itinérance, ces assemblages mobiles qui deviennent à la fois outils de survie, extensions du corps et formes d’habitation temporaires.
Le titre Batelée évoque le déplacement d’une charge et l’action de transporter ce qui est nécessaire pour poursuivre sa route. Il suggère une existence marquée par l’instabilité et la nécessité de composer avec ce qui est disponible. L’œuvre s’inspire de ces scènes de rue où règne une forme de chaos, dans lesquelles les objets, les corps et les trajectoires se superposent et s’organisent dans un équilibre précaire.
Par son caractère installatif, Batelée évoque un fragment de scène urbaine, un espace habité temporairement où l’ordre et le désordre coexistent. Les pigeons pliés qui composent l’installation sont inspirés de corps déarticulés sous l’effet de certaines drogues. Leurs postures distordues évoquent des corps qui semblent avoir perdu leur capacité à se tenir, à se redresser ou à maintenir leur propre structure.
Le pigeon devient ici une allégorie de la personne en situation d’itinérance. Présent dans l’espace urbain, il est souvent perçu comme une figure familière, indésirable ou invisible, qui survit en s’adaptant aux conditions du milieu. À l’image de la personne qui habite la rue, il occupe un territoire qui n’est pas véritablement le sien et développe des stratégies de survie dans un environnement souvent hostile.
L’installation met en relation ces corps désarticulés avec une structure qui évoque le contenant, l’accumulation et le déplacement. Les formes semblent à la fois portées, contraintes et enchevêtrées, comme si l’espace lui-même avait été chargé de fragments de vie. Le corps et les objets deviennent ainsi indissociables, participant à la construction d’un espace temporaire.
Dans la continuité de la démarche, Batelée propose un regard sensible sur une réalité sociale complexe. Sans réduire les personnes en situation d’itinérance à leur précarité, l’œuvre met en lumière des corps fragilisés par leur environnement et par des conditions de vie qui peuvent les désarticuler physiquement et socialement. Elle évoque la difficulté de rester debout et de se construire un espace à soi lorsque tout autour est instable. Batelée devient ainsi une réflexion sur la vulnérabilité, la désorganisation et la persistance : sur ces présences qui, malgré le chaos, continuent d’occuper l’espace et d’y chercher une manière d’exister.
Crédit photo. Étienne Dionne

